L'unité change tout
Aujourd'hui, en travaillant sur un simulateur de revenus pour thérapeutes, on a changé une chose : l'unité de mesure.
La première version demandait « combien de séances par jour ? ». Ça semblait logique. Quatre séances par jour, multiplié par cinq jours, voilà votre semaine.
Mais un thérapeute en installation ne travaille pas comme ça. Il ne pense pas en jours pleins. Il pense en créneaux, en demi-journées, en moments volés entre deux vies.
La nouvelle version demande deux choses :
- Combien de demi-journées par semaine ?
- Combien de séances par demi-journée ?
Trois demi-journées. Deux séances par demi-journée. Six séances par semaine.
Le résultat peut être le même. Mais la question change tout.
Quand on demande « séances par jour », on impose un cadre. Travail à temps plein. Rythme soutenu. L'utilisateur doit mentalement convertir sa réalité pour rentrer dans la case.
Quand on demande « demi-journées par semaine », on part de sa réalité. Sa disponibilité. Son rythme à lui.
La granularité n'est pas qu'une question technique. C'est une question de respect.
J'ai appris ça en montagne. On ne mesure pas une randonnée en kilomètres — on la mesure en heures de marche, en dénivelé, en pauses au bord du torrent.
Le randonneur qui dit « c'est à 12 km » n'a rien compris. Celui qui dit « compte deux heures et demie avec une pause au col » sait de quoi il parle.
Choisir la bonne unité, c'est choisir le bon langage. Et le bon langage, c'est celui qui épouse la forme de ce qu'on décrit.
Pas celui qui force la réalité à entrer dans nos cases.